Tango Secret / Duo Bishop-Rigou

 

Il s’agit du premier album du duo Bishop / Rigou.
Avec Tango Secret, le duo s’attache à faire découvrir les perles rares et oubliées du tango avec une force expressive sans retenue.

Le duo Bishop / Rigou est le fruit d’une improbable alchimie entre deux musiciens : Céline Bishop, pianiste au toucher tantôt délicat, tantôt puissant. Luis Rigou, chanteur à la voix exquise et virtuose de la flûte.

Le duo a eu le plaisir d’inviter des musiciens exceptionnels : Helene Arntzen au saxophone, Eduardo Egüez à la guitare, Per Arne Glorvigen et Eduardo García au bandonéon, Santiago Quagliariello à la contrebasse et Laurent Compignie au Fender Rhodes et à la basse.

Sortie officielle : 18 octobre 2019 dans le label TAC / Faubourg du Monde

Céline Bishop piano, arrangements
Luis Rigou voix, flûtes
Helene Arntzen saxophone soprano
Eduardo Egüez guitare
Per Arne Glorvigen bandonéon (Lengsel, Si se calla el cantor et Tonada de la luna llena)
Eduardo García bandonéon (Adiós corazón et Que nadie sepa mi sufrir)
Santiago Quagliariello contrebasse
Laurent Compignie Fender Rhodes et basse

Enregistré et mixé au Studio Malambo à Bois-Colombes de février à avril 2019
Prise de son : Laurent Compignie et Andy Sfetcu. Assistant : Olivier Martin
Mixage : Laurent Compignie
Mastering : Geoffroy Peuble
Art graphique et photos duo : Diego Pittaluga @ TAC
Photos historiques : DR.

Production : TAC / Céline Bishop / Chistophe Fourel / Luis Rigou
Chargée de production : Elodie Mahieu @ TAC
Distribution : Absilone
Label TAC – Faubourg du Monde www.faubourgdumonde.com
Site artistes : www.tango-secret.com Site label : www.faubourgdumonde.com
Contact tournée : contact@tac92.com 01 47 88 20 50


1. Hasta siempre, amor   D. Racciatti / F. Silva – Arr. : C. Bishop / C. Pfeiffer Tango canción
2. Fumando espero   J. Viladomat / F. Garzo – Arr. : C. Bishop / C. Pfeiffer Tango canción
3. La Pulpera de Santa Lucía   E. Maciel / H. P. Blomberg – Arr. : C. Bishop Valsecito criollo
4. Si se calla el cantor  H. Guarany – Arr. : C. Bishop / L. Rigou Milonga campera
5. Milonga de mis amores   P. Laurenz – Arr. : G. Di Giusto Milonga ciudadana
6. Lengsel   H. Arntzen Milonga scandinave
7. Los ejes de mi carreta   A. Yupanqui / R. Risso Milonga campera
8. Y todavía te quiero   L. Leocata / A. Aznar – Arr. : C. Bishop / C. Pfeiffer Tango canción
9. Fueron tres años   J. P. Marín – Arr. : C. Bishop / C. Pfeiffer Tango canción
10. El Marne   E. Arolas – Arr. : C. Bishop Tango
11. Milonga del ángel   A. Piazzolla – Arr. : G. Di Giusto Milonga campera
12. ¡Adios Corazón!   L. Etchegoncelay / H. Sapelli – Arr. : C. Bishop Tango canción
13. Que nadie sepa mi sufrir   Á. Cabral / E. Dizeo – Arr. : C. Pfeiffer Valse
14. Tonada de la luna llena   S. Díaz – Arr. : L. Rigou Tonada llanera
15. Vals N°3 op. 8   A. Barrios Mangore – Adaptation : C. Bishop Valse


EN ECOUTE :
LA PULPERA DE SANTA LUCIA
de Blomberg y Maciel    Vals criollo

HASTA SIEMPRE AMOR de Donato Racciatti        Tango canción


L’HISTOIRE DU DUO

Pendant ses années d’études spécialisées en Tango au prestigieux conservatoire de Rotterdam, Céline Bishop découvre la voix de Luis Rigou en navigant sur le web et reste bouleversée par sa texture unique. Fraîchement arrivée à Paris, elle lui propose de devenir sa voix tanguera. Luis Rigou, dont sa seule expérience professionnelle dans le tango fut en tant que soliste de flûte au Cuarteto Cedrón, se montra d’abord sceptique, mais après quelques essais encourageants, impressionné par le savoir et la direction artistique de Céline Bishop, relève finalement le challenge.

Dans sa forme la plus simple, ils jouent en duo avec Céline Bishop au piano et Luis Rigou au chant. Pour les « tangos primeurs » Luis joue aussi des flûtes, des flûtes des Andes pour la première fois mariés au Tango, et des traversières, dont une historique Buffet Crampon originale de 1862 à anneaux en ébène, représentative de l’époque du tango de la « guardia vieja ».

Céline Bishop

Née en France, Céline commence le piano à l’âge de six ans. Après s’être consacrée à la musique classique pendant des années, elle découvre le tango argentin en 2009. C’est à Tango de Soie (Lyon), qu’elle fera ses premiers pas en tant que danseuse et ses premiers concerts de tango.
En 2012 elle entreprend un Bachelor de tango argentin à Codarts, Rotterdam, où elle reçoit les cours de Gustavo Beytelmann et Wim Warman, et devient membre du célèbre Orquesta típica Otra qui l’amène à se produire un peu partout aux Pays-Bas.
Céline s’installe à Paris en septembre 2016 et renoue avec son activité d’enseignante au conservatoire J-B. Lully de Puteaux, tout en continuant de se perfectionner à Gennevilliers auprès de Juan José et Juanjo Mosalini.
Entraînée par le foisonnement des rencontres musicales parisiennes, elle mène de front plusieurs projets liés au tango dont La Grossa, orquesta típica de la maison de l’Argentine dirigé par Federico Sanz, le Cuarteto Calambre, et se produit avec des chanteurs de différents horizons musicaux, du fado (trio Barco Negro) à la chanson française et à la variété.


Luis Rigou

Luis a fait ses études musicales au Conservatoire National de Buenos Aires. En même temps il rejoint le groupe de Jaime Torres puis celui d’Anibal Sampayo. Un peu plus tard, il fonde l’ensemble Maíz avec lequel il obtient, en 1987, le prix Révélation du Festival de Cosquín. Il se produit dans toute l’Amérique du Sud, ainsi que dans 13 pays d’Europe, où il s’installe en 1989.
Invité en France pour intégrer le Cuarteto Cedrón en tant que flûtiste, il multiplie les collaborations avec d’autres artistes : Luis Naón, Ricardo Moyano, Minino Garay, Gustavo Beytelmann, Antonio Agri, Nilda Fernández, Sergio Ortega, Idan Raichel…
Mais c’est sous le nom artistique de Diego Modena et son album Ocarina, enregistré en 1992, que Luis acquiert sa renommée internationale. Ocarina se place n°1 au Hit Parade dans 14 pays, dont la France, et dans le Top 10 de 44 pays. Il est récompensé par 57 Disques d’or, de platine et de diamant.
Il enregistre par la suite 18 autres albums, assure la direction artistique de Lluis Llach et enregistre en 1995 Complainte de Pablo Neruda avec Jean Ferrat. En 1996, commence sa longue collaboration avec Vicente Pradal pour Cantique Spirituel, Llanto por Ignacio Sánchez Mejías, Peleas y Melisanda, Vendrá de noche et actuellement Medianoche.
En parallèle, il compose et enregistre Cayetano et la Baleine, livre CD pour Gallimard Jeunesse, qui connaît depuis un grand succès.
Actuellement, il se produit à travers l’Europe comme soliste avec l’ensemble La Chimera dans les programmes Misa de Indios, Misa Criolla et Gracias a La Vida.


DANS LES FAUBOURGS DU TANGO

Tel un opéra miniature, le tango est un genre musical qui traverse toutes les époques. Avec une modernité incroyable, il parcourt les siècles tout en gardant un temps d’avance. C’est pour cette raison qu’il est tant joué et écouté.
D’une durée inférieure à trois minutes, on y trouve un décor et une ambiance hyperréaliste dans lesquels des personnages, à la description cruelle, frisent souvent avec l’auto-lamentation, la passion et la tragédie. Intuitive, la musique des tangos est surtout liée à sa propre histoire, aussi banale qu’universelle.
Pour mieux le comprendre, il nous faut retourner aux origines dramatiques des vieux tangos, ces documents uniques de poésie crue, et aux décors qui les ont
vu naître.

Tout commence près des rives des grandes villes portuaires de Buenos Aires et Montevideo. Véritables carrefours de marchandises, plusieurs milliers de têtes de bétail y étaient conduites chaque jour, par des gauchos solitaires après des semaines de voyage à cheval. Ces grands abattoirs, dit mataderos, illustraient le choc et la confrontation d’une modernité naissante, propre à Buenos Aires, face au reste du pays. Véritables villes dans la ville, ces mataderos regorgeaient de la ruralité sauvage issue de la pampa. Noyés sous d’énormes quantités de viande, de boue et de sang, la seule loi qui y régnait était celle du facón, ce couteau ostentatoire que portaient les gauchos. Orné d’or et d’argent, ce couteau faisait ainsi office de coffre-fort inexpugnable et de juge de paix entre ces hommes rudes. En un seul geste, ils savaient enrouler leur poncho dans leur bras gauche pour en faire un bouclier et arborer du bras droit le long facón, prêts à tuer ou à mourir.

Le soir venu, milongas, cielos, escondidos, huellas, zambas et autres danses rompaient le silence des gauchos.
Toujours dans les mataderos, ces derniers y racontaient leurs pensées, leurs amours et leurs loyautés en chantant. Ils se défiaient aussi à la payada, cette sorte de joute en contrepoint entre deux gauchos à la guitare. Ce dangereux jeu musical de questions-réponses en décimas reflétait la métrique préférée de la poésie populaire.
N’acceptant qu’un seul vainqueur, le perdant pouvait avouer sa défaite dans une ultime strophe et ranger sa guitare. Autrement, le jury déclarait un vainqueur.
Mais c’est la milonga, prenant peu à peu des balancements de habanera, qui donna alors la touche finale au tango, qui put désormais faire son apparition.

Les premiers tangos virent le jour à la fin du XIXe siècle, non pas dans les mataderos mais un peu plus loin dans les faubourgs. Dans ces mauvais quartiers, où fleurissaient les maisons closes du Río de la Plata, des hommes esseulés rêvaient de faire fortune et de réaliser leur « rêve américain ». Pour la plupart immigrés, ils apprirent alors l’espagnol porteño et leurs argots respectifs se mélangèrent. C’est in fine toute cette mixité qui donna naissance à la langue du tango : le lunfardo,
doté d’une forte connotation de l’Italie du sud. Véritables tours de Babel, ces salons devinrent le refuge où les hommes attendaient interminablement l’illusion d’une compagne. Jamais l’expression de « salle d’attente » ne fut plus juste.

Pour contrer cette solitude, les patronnes de ces lieux offraient à leurs clients de la musique, jouée toute la nuit par des petits orchestres. Et pour les inciter à danser entre eux, on privilégia alors les milongas et les rythmes rapides. Ainsi apparut la première forme du tango, dite « de la vieille garde » (la guardia vieja), essentiellement instrumentale. Vers 1890 la formation originale était constituée de flûte, guitare et contrebasse. La fréquentation augmenta, les bénéfices s’accrurent et les salons se transformèrent en véritables commerces. Dès lors, les orchestres s’agrandirent, tout comme leurs besoins sonores.

C’est à ce moment que le violon vint enrichir ce tango « primeur ». Vers 1925, le violon corneta (violon à caisse métallique avec un pavillon en forme de trompette) fit son apparition dans les mains de l’inoubliable Julio de Caro. Il immortalisa l’instrument à travers ses enregistrements de Mala junta, El monito, Boedo, Berretín, chefs d’œuvre du nouveau tango. Il joue et enregistre avec de grands musiciens tels que Pedro Maffia, Armando Blasco, Pedro Laurenz, Manlio Francia ou encore avec son frère Francisco pour le morceau La rayuela. En ces temps d’après-guerre, débuta alors l’ère de la guardia nueva.
C’est également à cette période que l’Argentine découvrit, importé d’Allemagne, le bandonéon. Tirant son nom de son inventeur Heinrich Band, le fameux instrument devint alors l’emblème du tango moderne et fit son entrée sur scène accompagné du piano. A partir de ce moment commença, des deux cotés du Rio de la Plata, l’apogée des grands orchestres et des big-bands du tango appelés les orquestas típicas.
La típica Sondor de Donato Raciatti, Francisco Canaro, Juan D´Arienzo, Alfredo de Ángelis, et d’Alfredo Gobbi résonna de part et d’autre du pays, tout comme les très renommés Osmar Maderna, Osvaldo Pugliese, Carlos Di Sarli, Héctor Stamponi, Aníbal Troilo. A leurs côtés, on trouvait aussi Mariano Mores et Horacio Salgán, grands interprètes du tango au piano.

A cette époque le tango se déploya largement et les chanteurs prirent de plus en plus de place, avec des textes d’auteurs aujourd’hui entrés dans le panthéon tanguero. A titre d’exemple, on peut citer el Negro Casimiro, Rosendo Mendizábal, Enrique Saborido, Juan Maglio, Ángel Villoldo, Evaristo Carriego, Roberto Firpo, ou encore Agustín Bardi.
Mais le couple qui fit briller le tango sur la scène internationale fut celui du chanteur toulousain Charles Romuald Gardés, dit Carlos Gardel, et Alfredo Le Pera. Fils d’une mère française et d’un père inconnu, probablement un marin argentin, Charles Romuald Gardés arriva à Montevideo durant son enfance. Il déménagea ensuite à Buenos Aires où il changea son nom, son passeport et sa nationalité, pour devenir Carlos Gardel, le roi du tango.
Le lien entre la France et le tango n’est cependant pas nouveau. Il est bon de rappeler que le premier enregistrement de tango, dirigé par Eduardo Arolas en 1905, a été réalisé à Paris par la Garde Républicaine. Peu à peu Paris donnera au tango ses lettres de noblesse, et deviendra la deuxième capitale du tango.

Luis Rigou
Paris, 2019


Sources :
1. Le chemin de Buenos Aires, d’Albert Londres (1927). Réédité par Le serpent à plumes, ce texte décrit la traite de blanches entre la France et le Rio de la Plata.
2. L’Abattoir (El matadero). Ce court chef-d’œuvre d’Esteban Echeverría (1830) marque la naissance de la fiction argentine et l’introduction du romantisme dans le Río de la Plata. Dans un pays scindé entre ville et campagne et déchiré par l’interminable conflit entre unitaires et fédéraux, porteurs de deux projets opposés d’organisation de l’État, Echeverría dénonce le régime violent et despotique de Juan Manuel de Rosas, gouverneur de la province de Buenos Aires investi de pouvoirs dictatoriaux. Echeverría fait de l’abattoir le symbole de la polarisation politique argentine et la réplique miniature de la Fédération rosiste, théâtre de l’affrontement tragique entre civilisation et barbarie.
3. Quien fué Gabino Ezeiza, el payador , Revue El Federal (2012).

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